Le bidonville de Mae Sot

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Mae Sot est la ville la plus proche de notre village d’Umphang. C’est une ville-frontière, donc un peu particulière. Des camps de réfugiés sont répartis au Nord et au Sud de la ville et la frontière n’est qu’à 6km du centre. Une frontière matérialisée par la rivière Moei que traverse le -mal nommé mais bien gardé- pont de l’amitié.

J’ai commencé à prendre un peu le pouls de la ville et à faire quelques recherches… Mae Sot est à la fois le carrefour commercial de la région, le quartier général des ONG (étrangère et locales) et un point de chute pour de nombreux migrants venus de Birmanie et employés illégalement -pour la plupart- dans les commerces et usines de la ville.

Cet après-midi, j’ai pris mon appareil pour aller me balader. En m’écartant un peu du centre, de ses commerces et de l’improbable marché,  je suis tombé sur un bidonville. Le long d’un chemin en latérite -qui n’est pas sans rappeler l’Afrique- s’alignent des cabanes sur pilotis, faites de rien, et donnant directement sur un cloaque grouillant. En me voyant arriver, plusieurs personnes m’ont salué gentiment. L’une d’entre elle m’a interpellé en anglais. Je suis descendu de mon vélo pour m’approcher et discuter. Mamouth -c’est son nom- m’a expliqué qu’il venait de Birmanie et qu’il était là depuis un bout de temps. Malheureusement mon niveau de birman étant encore inférieur à son niveau d’anglais la discussion a rapidement tourné court… Il m’a proposé de faire quelques photos mais je me sentais un peu voyeur. En même temps, j’avais l’impression que c’était important de montrer cet aspect de la ville. Je crois que je retournerai le voir.

Les gens qui vivent dans ces cabanes  semblent vraiment sans ressources. Font-ils partie des nombreux réfugiés-travailleurs illégaux ? De quoi vivent-ils ? Bénéficient-ils de l’aide de leur compatriotes mieux lotis ? Ont-ils accès à des soins de santé comme dans les camps de réfugiés ? Comment-ont ils fait pour éviter la « case » des camps ? Risquent-ils d’y être renvoyés ? Beaucoup de questions m’assaillent…

La situation coté birman a l’air encore plus grave que ce que j’imaginais. D’après les témoignages qui arrivent jusqu’ici, c’est une vrai zone de guerre avec de nombreuses exactions, viols, pillages, destruction des villages et des récoltes, mines anti-personnelles…

Même en étant du « bon » côté de la frontière, il est très difficile d’en parler. Il règne un vrai climat de parano, des espions à la solde du régime birman seraient infiltrés un peu partout. J’ai moi-même tendance à me censurer de peur d’aborder des questions délicates avec des personnes peu fiables ou par risque de me voir refuser un futur visa pour la Birmanie. C’est assez sensible. De nombreux étrangers passent le pont de l’amitié pour obtenir un tampon, avant de faire demi-tour (il n’est pas permis d’aller plus loin). Cette combine éprouvée permet de prolonger son visa Thaï d’un quinzaine de jours. Par contre, un cachet dudit checkpoint et le risque est grand de ne plus obtenir de visa pour la Birmanie à l’avenir. Si vous avez approché de trop près la zone sensible vous devenez persona non grata. De là à ce qu’il surveillent les blogs, je suis pas sûr… On verra, je vais me faire discret et me renseigner.

De nombreuses organisations birmanes -dont certaines plus ou moins clandestines- sont présentes à Mae Sot pour venir en aide aux migrants. Elles ont l’air de faire un boulot incroyable. Plusieurs n’hésitent pas à passer et repasser la frontière, clandestinement, pour apporter leur aide aux  populations en souffrance ou simplement témoigner. La Thaïlande accueille les réfugiés mais les parque dans des camps, des prisons à ciel ouvert. Les réfugiés n’ont aucun droit, ils ne peuvent ni sortir des camps, ni travailler. Leurs seules ressources y sont les organisations humanitaires qui au bout de quinze ans d’urgence, commencent à fatiguer. Seuls quelques « privilégiés » sont envoyés en « resettlement », direction les US, l’Australie ou certains pays nordiques. Ce sont souvent les mieux formés qui partent, ceux qui sont en meilleur santé aussi…

Voilà où m’ont mené mes premiers pas. Ceux qui connaissent déjà la situation n’auront sans doute rien appris de ces quelques lignes mais ça me permet de mettre un peu d’ordre dans mes idées. Et de reprendre le chemin un peu plus serein.

PS : Les photos ont été un peu ternies lors de la mise en ligne (si quelqu’un a une explication…).

> Voir les couleurs originales et les photos supplémentaires via le diaporama

4 réflexions sur “Le bidonville de Mae Sot

  1. Salut Joffrey !

    Ça fait plaisir de te voir reparti pour de nouvelles aventures. C’est passionnant mais la situation semble terriblement complexe là-bas En tout cas ça donne envie d’en savoir plus.
    En attendant de te lire, les érables flamboient à Montréal…

    Ton ancien coloc’

  2. ah notre petit reporter explore un nouveau pays … une nouvelle expérience …
    merci pour toutes les info … tjs un plaisir de te lire … Fais attention à toi et prends bien soin de notre petit Elo …
    Bisous
    Nath

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