Welcome to the jungle

Après notre petite ballade en rafting voilà deux semaines, j’avais demandé à Dath, notre guide, s’il n’y avait pas une descente un peu plus sportive dans la région. « Umphang Kee ! » m’avait-il répondu les yeux brillants…

Ce dimanche, en route pour Umphang Kee. Dath passe nous chercher à la maison, il est accompagné par Khaï un jeune birman et Thô un vieux thaï au mégot greffé au coin de la bouche. On monte avec Khaï à l’arrière du pick-up. Assis sur le raft dégonflé,  on n’est pas si mal,. Petit arrêt dans le village pour acheter des sachets de sticky rice, des cuisses de poulets frites et nous voilà partis… La voiture s’engage sur la petite route à l’est du village, nous croisons le petit village karen et quelques minutes plus tard, nous voilà déjà dans la jungle. Je n’étais jamais allé aussi loin sur cette route. Le chemin hésite d’abord entre route et piste, puis n’hésite plus du tout. Seules les portions très pentues ont encore droit à leur petit bout de revêtement.

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Une heure et demi plus tard, deuxième arrêt dans un minuscule village pour acheter…du whisky ! De l’alcool de riz en fait, un tord-boyau à 35 bath (moins d’un euro) le demi-litre…

C’est reparti pour la piste. Nous sommes en fin de saison des pluies et il a plu sans discontinuer ces trois derniers jours. C’est le royaume de la boue. On passe difficilement une première pente, puis une deuxième, pas la troisième. Des ouvriers préparent un nouveau revêtement, en attendant, c’est la gadoue. La voiture se lance à plusieurs reprises mais rien n’y fait , à mi-pente ça patine irrémédiablement.

Dath essaie alors une technique locale. Il installe une douzaine d’ouvriers hilares à l’arrière, pour donner du poids et donc de l’adhérence. Bien essayé… Mais notre ami Dath à plus d’un tour dans son sac. Il sort les chaînes ! Oui, des chaînes, pareilles que celles qu’on utilise pour la neige dans nos glaciales contrées… Et cette fois, la voiture franchit -non sans mal- la côte.

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Mais une côte peut en cacher une autre. La suivante nous sera fatale, on a beau tout essayer , rien n’y fait la voiture s’arrête à quelques mètres du sommet. On continue à pied, l’éléphant viendra chercher le matériel. L’éléphant ? Ben oui , l’éléphant. Dans la campagne Thaï, le sympathique pachyderme est un peu utilisé comme le cheval de trait l ‘était chez nous. Et occasionnellement il sert aussi à transporter un rafting et des gilets de sauvetage au milieu de la jungle…

Après un quart d’heure de marche nous arrivons au village. L’éléphant nous rejoins, à peine conscient de son chargement. A partir de là, c’est chacun sa route, nous emprunterons des petits sentiers à travers la jungle. L’éléphant et son cornac foncent à travers tout, le long de la rivière.

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Nous voilà parti pour deux heures de marche. Le petit sentier traverse d’abord quelques champs et rizières avant de s’enfoncer dans la jungle. Ensuite, nous remontons le lit d’un ruisseau pendant une petite heure avant de prendre un autre sentier qu’on distingue à peine dans la végétation. Dath nous avertit que c’est un coin à sangsues… La jungle, dense et humide, la chaleur, les sangsues… Je ne peux m’empêcher de penser aux innombrables films américains sur le Vietnam. Mais alors que je suis perdu dans mes pensées, une douleur aiguë me prend à l’épaule gauche. A peine ai-je le temps de repousser l’agresseur de la main, que je sens une deuxième piqûre dans les cheveux. Je n’ai pas le temps de voir ce qui m’a piqué. Un mal de crâne s’installe instantanément et j’ai un peu de mal à garder l’équilibre dans la pente boueuse.

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Avec l’aide d’Elo, je rejoins Dath et ses acolytes. Je leur montre mes piqûres et ils relativisent très vite mon inquiétude en disant que ça doit être une guêpe. Bon, je me dit que les guêpes locales doivent être vraiment coriaces -parceque putain ça fait mal – et je m’assied pour inspecter mes pieds, je sens quelque chose de bizarre… Une, deux, trois sangsues s’en donnent à cœur joie !

Aaaaaaargh, l’enfer vert !

Tout ça me permet de découvrir un bon truc pour les sangsues. Ces immondes demoiselles sont comme moi, elles détestent le spray anti-moustique. Vous les en aspergez, elles se tortillent, se décollent et s’en vont sans demander leur reste. Salut les filles…

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Après ces péripéties, on reprend notre marche pour arriver enfin au bord de la rivière. On se délecte de notre sticky rice et on attend l’éléphant qui tarde à arriver… Soudain, sorti de nulle part, notre ami aux grandes oreilles apparaît, toujours avec la même nonchalance… Le cornac débarque nos affaires sans même mettre le pied à terre. Maîtrise. Thô lui offre un peu de whisky et il repart tranquillement perché sur son animal.

Le temps de gonfler notre embarcation, d’enfiler gilets et casques (trop petit pour ma grosse tête de farang) et nous voilà à l’eau. Dès les premières minutes, on comprend que ça va pas être la même promenade de santé que la dernière fois. Je m’installe à l’avant et je me fais lessiver par la rivière. Les conditions sont parfaites, y’a plein d’eau, le courant est fort, et bien entendu, nous sommes seuls sur la rivière (Dath nous avouera plus tard que c’est seulement la deuxième fois qu’il fait cette descente…).

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La rivière est magnifique et sauvage. Les rapides sont impressionnants sans poser trop de difficultés. Je tombe tout de même à l’eau une ou deux fois, Elo s’accroche à l’arrière. Khaï est à l’avant avec moi pendant que Thô fume, boit et gouverne à l’arrière. Boire ou conduire ? Quelques minutes plus tard, on recroise le cornac, son éléphant, et sa bouteille de whisky…

La végétation est toujours aussi dense et nous devons souvent nous coucher dans l’embarcation pour éviter les branches. Autre difficulté, les troncs couchés en travers de la rivière. La plupart sont un peu sous eau et, après quelques vigoureux coups de pagaie, nous parvenons à les franchir (non sans crier quelques hourra victorieux !). Pour les autres, nous calons l’embarcation contre le tronc avant de descendre rapidement, de faire passer le bateau par-dessus et de remonter. Manœuvre délicate mais que nous effectuons sans trop de problèmes. Nos guides s’éclatent autant que nous. Ils sont guides à leur heures perdues, le reste du temps ils sont banquiers ou charpentiers. Après deux heures de rapides, la rivière se fait plus calme. Nous croisons quelques villages, des enfants qui jouent dans l’eau, des petites passerelles en bambous et nous voilà déjà presque à Umphang….

Deux jours plus tard, les traces de piqûres commencent enfin à disparaître. Les grosses plaques rouges et gonflées sur  mon épaule et mon front ne se voient presque plus… En tout cas c’était pas une guêpe !

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